De la Villa Maria à l’Hôpital de Cimiez

Le comte Théodore Apraxine, membre de la noblesse attachée à l’impératrice de Russie, séjourna pour la première fois à Nice en 1856. Séduit par la beauté de la ville, il décida de s’y établir avec son épouse, la princesse Alexandra Joutovsky, et leur fils Nicolas. Issus de cette aristocratie russe en quête d’élégance et de faste, ils menaient une existence rythmée par les fêtes, les bals et les réceptions.

 

En 1860, le comte fit l’acquisition d’une vaste propriété à Cimiez, où il fit bâtir la Villa Maria, conçue à l’origine pour être un hôtel. L’ensemble se composait de deux grandes maisons jumelées (1030 m² et 990 m²), d’un bâtiment rural de 135 m², le tout entouré de 25 000 m² de terres plantées d’oliviers, d’orangers et d’arbres fruitiers. Revendue en 1883 à une société parisienne, la Villa Maria fut rebaptisée Pavillon Victoria et intégrée au Grand Hôtel de Cimiez.

 

En 1895, à l’approche de la visite de la reine Victoria, l’architecte Aaron Messiah transforme profondément les lieux. Bien que l’hôtel s’agrandisse, il reste trop exigu pour loger la souveraine. Seule une partie de sa suite séjourne sur place, tandis que d’autres membres sont répartis dans les villas voisines : Villa Coleman pour les invités, Villa Garin pour la garde royale.

 

L’année suivante, en 1896, l’ouverture du somptueux Excelsior Regina Palace, toujours à Cimiez, relègue le Grand Hôtel à l’arrière-plan. Malgré une campagne de communication vantant les séjours royaux, la clientèle déserte progressivement l’établissement. Un nouvel accès est cependant créé par le boulevard de Cimiez, marquant l’importance croissante de l’urbanisation du quartier.

 

Crise, reconversion et mission sanitaire

À l’aube du XXe siècle, le Grand Hôtel dut déposer le bilan. En 1902, la Société Anonyme du Grand Hôtel de Cimiez entreprit d’agrandir l’édifice en doublant sa capacité, transformant ainsi l’ancienne maison en dépendance sous le nom de Pavillon Victoria.

Mais c’est la Première Guerre mondiale qui donne un nouveau souffle au lieu : il est réquisitionné comme maison de convalescence pour les officiers britanniques. Dès lors, le faste cède progressivement la place à la vocation sanitaire.

 

L’Hôpital de Cimiez : un tournant social et architectural

 

 

En 1938, l’ensemble — le Grand Hôtel, le Pavillon Victoria et les 28 000 m² de parc — est acquis par les Hospices Civils, issus de la fusion de l’hôpital Saint-Roch et de l’Hospice de la Charité. Mais le terme “Charité” suscite la réticence des habitants du quartier, encore attachés à l’image aristocratique du lieu. C’est ainsi qu’est adoptée une nouvelle appellation plus neutre : Maison de Retraite de Cimiez, qui peut alors accueillir jusqu’à 250 pensionnaires.

En 1970, la Maison de Retraite est modernisée pour devenir officiellement l’Hôpital de Cimiez. Le Pavillon Victoria est alors dédié aux enfants de l’assistance publique, avec une capacité de 50 lits. Cette transformation marque un éloignement définitif de la vocation hôtelière et aristocratique du lieu

 

Hopital de Cimiez

 

Cimiez, un quartier entre mémoire et modernité

Aujourd’hui, l’Hôpital de Cimiez demeure un bâtiment emblématique du quartier. S’il a perdu le faste de l’époque de la reine Victoria, il conserve dans ses murs les échos d’un passé prestigieux. Ce lieu incarne à lui seul la richesse historique de Cimiez, où les grandes figures de l’histoire croisent les parcours plus modestes, dans une continuité à la fois sociale, architecturale et humaine.

Source : Michel Massimi – Cimiez la banlieue champêtre de Nice

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